Quelle France pour 2017 ? Les propositions de l’Afev pour les universités

La réussite des étudiants, un enjeu de la Responsabilité Sociétale des Universités

L’enseignement supérieur forme aujourd’hui près de 3 millions d’étudiants, permettant à plus de 40% d’une classe d’âge d’être diplômée de l’enseignement supérieur. C’est un effort gigantesque si on le rapporte au nombre d’étudiants qui fréquentaient l’Université en 1960, soit un peu plus de 300 000.
Pourtant et c’est là que le bât blesse, malgré les politiques publiques en la matière, la France peine à ce que cette diffusion de l’enseignement supérieur bénéficie à l’ensemble des catégories sociales. Les inégalités sociales pèsent de manière importante sur les probabilités de réussite. Encore aujourd’hui, un enfant de cadre a deux fois plus de probabilités d’être titulaire d’un master qu’un enfant d’ouvrier.
Faut-il s’en satisfaire ? Nous pensons que non. D’autant que le niveau de diplôme conditionne la qualité d’insertion dans la vie active. Trois ans après la fin des études, plus de 80% des titulaires d’un bac +5 sont en CDI, seulement 40% des non diplômés. [i]
Le lancement d’un plan ambitieux pour la réussite dans l’enseignement supérieur apparaît comme une vraie urgence. Les établissements d’enseignement supérieur sont bien entendu les premiers acteurs qui pourront agir en ce sens. Ils ont réaffirmé leur engagement dans une récente déclaration[ii]. Nous nous tenons prêts pour les accompagner dans ces efforts en lien avec les pouvoirs publics et les organisations privées souhaitant soutenir cette mobilisation.

En ce sens nous faisons plusieurs propositions :

1/ Favoriser l’accompagnement des élèves des milieux populaires pour permettre la poursuite d’études et faciliter leur insertion dans le monde du travail

De nombreux élèves issus de milieux populaires n’envisagent pas de poursuivre leurs études au-delà du lycée, parce qu’ils ne sont pas suffisamment encouragés dans cette voie. Il nous apparaît indispensable d’offrir à ces élèves les ressources d’ouverture culturelle, sociale, territoriale, qui jouent un rôle primordial dans la réussite. De même, pour ces élèves, trouver une entreprise d’accueil pour la semaine de stage d’observation en troisième, trouver une place en apprentissage, est souvent une réelle difficulté. Dans un avenir marqué par un renouvellement important de la nature des emplois, ceux qui s’en sortiront le mieux seront ceux qui disposeront de ces compétences « transversales », de savoirs-être comme par exemple le fait de devoir changer d’emploi régulièrement ou de créer son propre emploi.

Dans ces perspectives, nous proposons la mise en place d’un accompagnement individualisé mené tout au long de l’année scolaire par des étudiants de l’enseignement supérieur, qui associeront des salariés d’entreprises. L’objectif sera d’agir pour une meilleure connaissance des filières de l’enseignement supérieur et du monde du travail.
La création d’alliances éducatives au niveau des territoires associant collèges et lycées, établissements d’enseignement supérieur, associations, entreprises et les institutions en charge de l’éducation, de la jeunesse et de la ville, favorisera une meilleure coordination des efforts et donc une action déterminée en faveur de la poursuite d’études et d’une insertion réussie de la jeunesse dans le monde du travail. Cet effort sera complémentaire d’une réflexion sur l’évolution des filières de l’enseignement supérieur et un meilleur accompagnement de la poursuite d’études pour les bacheliers technologiques et professionnels.

2/ Renforcer l’accueil et l’intégration des étudiants dans les campus et les territoires

L’arrivée à l’université correspond à une phase de transition, qui pour une partie des étudiants est compliquée à surmonter. Le risque de décrochage reste important puisque 20% des étudiants sortent du système universitaire sans diplôme selon France Stratégie. [iii] Favoriser la participation des étudiants à la vie sociale agit directement sur leur sentiment d’intégration, il nous apparaît donc nécessaire de renforcer l’accueil et l’intégration dans les établissements universitaires.

En complément des opérations mises en œuvre par les services internes des établissements, il pourrait être possible de développer des programmes d’accueil mobilisant des étudiants déjà inscrits depuis une année au moins, volontaires dans ces démarches et qui pourraient parrainer les étudiants arrivant en première année. Ces dispositifs existent déjà dans de nombreux établissements, nous pensons qu’il serait nécessaire de les systématiser. En échange, les étudiants qui s’impliqueraient bénévolement dans ces programmes d’accueil pourraient bénéficier de crédits dans leurs cursus universitaires.

Ces programmes d’accueil et d’insertion pourraient cibler en particulier les étudiants inscrits par défaut dans une filière de l’enseignement supérieur car ils n’ont pas été acceptés dans la filière de leur choix. En particulier les bacheliers technologiques et professionnels ont moins de probabilité d’être inscrits dans la filière de leur choix que les bacheliers généraux.

Les étudiants issus des régions d’Outre Mer en mobilité dans l’hexagone devraient eux aussi bénéficier d’un accueil renforcé. Leur nombre est estimé à 40 000 chaque année et doivent supporter les coûts importants dus à la mobilité (transport, coût d’un logement autonome quand ils ne peuvent bénéficier d’un hébergement dans leur famille…) ainsi que des différences d’environnement qui sont susceptibles de faire de leur arrivée en métropole un chemin semé d’embûches.

Les étudiants internationaux hors programmes d’échanges de type Erasmus doivent aussi partir à la découverte d’un nouveau milieu et ne bénéficient pas toujours d’un programme d’accompagnement spécifique. Ils pourraient utilement bénéficier d’un soutien analogue.

3/ Multiplier les expériences étudiantes pour enrichir la formation et faciliter l’insertion

Nous souhaitons aussi la démultiplication des possibilités d’engagement offertes par les acteurs de l’enseignement supérieur et leurs partenaires. Une étude de l’Observatoire de la Vie Etudiante[iv] démontre qu’un étudiant qui s’engage dans un mandat d’élu, un syndicat, une association a proportionnellement plus de chances de réussir que les autres. Avec le tissu des nombreuses associations, le Service Civique, les possibilités d’engagement sont multiples mais elles ne sont pas toujours suffisamment accessibles aux étudiants. Nous proposons donc un aménagement des rythmes libérant du temps pour les étudiants ainsi que la mise en place de temps de formation action au sein des associations, permettant ainsi aux étudiants de mettre en application leurs compétences et aux établissements d’enrichir leur parcours de formation. Ces engagements, valorisés dans les cursus universitaires, pourraient aussi intéresser les recruteurs, car une personne qui s’engage dans un projet a un potentiel d’engagement mobilisable dans différents contextes et développe des savoirs, savoirs être et savoirs faire utiles dans le monde du travail.

4/ Réaffirmer dans les missions de l’enseignement supérieur la Responsabilité Sociétale des Universités

Quels que soient les chantiers, la France a la chance de disposer d’un terreau d’envie et d’engagement fertile, d’associations nombreuses, qui cherchent à élargir leur cercle de bénévoles, d’établissements investis dans la Responsabilité Sociétale des Universités, en lien avec les partenaires des territoires. Ces initiatives font écho dans d’autres pays de l’Union Européenne, dans des établissements qui mettent en œuvre des approches similaires. Nous proposons de constituer un réseau d’établissements d’enseignement supérieur qui pourraient proposer, dans le cadre des programmes d’échanges internationaux, en plus des programmes de formation classique, des possibilités d’engagement pour les étudiants, au bénéfice de l’accès de tous à une éducation de qualité.

Certes bien sûr il faut quelques moyens pour une politique ambitieuse de Responsabilité Sociétale. Mais il y a surtout bien des volontés qui ne sont aujourd’hui pas bien accompagnées, pas reconnues à leur juste valeur. Alors nous disons aux candidats à la Présidence de la République : nous sommes déjà nombreux, convaincus à nous mobiliser pour que l’enseignement supérieur soit accessible à tous. Avec vous construisons le prochain quinquennat qui inscrira dans les missions de l’enseignement supérieur son rôle moteur en terme de développement sociétal.

[i] Etude du Céreq – enquête 2013 www.inegalites.fr
[ii] Protocole MENESR / CPU / CGE / CDEFI « pour une démocratisation exigeante et ambitieuse de l’accès à l’enseignement supérieur » 21 mars 2017
[iii] La transition lycée-enseignement supérieur, France Stratégie, janvier 2017
[iv] Engagements étudiants et sentiments d’intégration, Observatoire de la Vie Etudiante, septembre 2016