Quelles sont les missions d’une université dans un territoire socialement fragile ?

Fabienne Blaise : Ce sont avant tout ses missions premières, la formation et la recherche. La formation parce que la population du Nord-Pas-de-Calais, l’une des plus jeunes de France, est encore assez peu qualifiée. La recherche parce que les activités de R&D − et par là la création de richesse et d’emplois − sont encore limitées. Or la recherche se fait ici en grande partie dans les universités. Ces missions sont essentielles pour la région, pas seulement pour son développement économique, mais aussi pour son développement social.

Qu’entendez-vous par développement social ?

Fabienne Blaise : L’université ne fournit pas que des connaissances, elle apprend à s’en servir, à évaluer comment elles sont produites, à savoir les critiquer. C’est ce bagage culturel qui permet d’avoir confiance en soi, de tenir une conversation et une argumentation. C’est un point qui est pour moi essentiel. Notre société est très inégalitaire, en partie parce que seules les élites savent l’importance de la culture et du savoir-faire argumentatif. Notre rôle est de dire aux étudiants : prenez ce pouvoir-là, vous pouvez discuter, argumenter, et c’est cela qui vous permet de vous imposer dans une société, de vous y insérer professionnellement. Il faut qu’ils s’approprient la culture, et c’est une des raisons pour laquelle j’ai créé un vice-président en charge de l’action culturelle, afin que ce service travaille étroitement avec les étudiants et les personnels.

Comment améliorer la réussite des étudiants ?

Fabienne Blaise : Les étudiants ont parfois tendance à être trop passifs, consommateurs, et ils en sont victimes. Ils sont très timides devant le savoir, et angoissés par leur avenir. Nous souhaitons qu’ils assument la responsabilité de leur parcours, en se demandant plus vite ce qu’ils veulent faire de leur vie. C’est pourquoi nous avons profondément remanié l’offre de formation pour valoriser le projet personnel de l’étudiant, qui ne se résume pas à l’obtention de diplômes. Nous avons ainsi réservé la dixième unité d’enseignement de licence aux engagements et activités hors cursus académique qui servent ce projet (organisations humanitaires, associations culturelles, sociales, création d’entreprise, etc.) Nous voulons favoriser ces engagements parce qu’ils rendent en général l’étudiant plus confiant, et aussi parce que c’est un aspect qui est loin d’être négligé par les recruteurs.

Nous avons aussi mis en place plusieurs dispositifs pour accompagner les étudiants en difficulté (Programme régional de réussite en études longues, Cordées de la réussite pour les étudiants en situation de handicap), mais également ceux qui travaillent pour financer leurs études − soit environ 40 %. Pour éviter des déplacements et des horaires tardifs à ces derniers, nous avons mis en place des petits emplois sur les campus, qui soient en phase avec leur projet professionnel ou soient plus valorisants, grâce à l’aide financière du Conseil régional.

Quels liens souhaitez-vous développer avec les territoires qui vous environnent ?

Fabienne Blaise : Nous travaillons avec des associations de quartier, qui tissent le lien avec le territoire, et en particulier avec l’Afev. Il faut faire sortir l’université de ses murs : montrer aux habitants que la recherche n’est pas réservée à quelques-uns et qu’elle est un facteur essentiel d’amélioration de la société. En connaissant mieux l’université, les habitants auront peut-être aussi moins peur de reprendre leurs études.

Notre époque impose en effet une mobilité professionnelle accrue, et l’université va dispenser de plus en plus une formation tout au long de la vie. Je souhaite aussi que nous continuions à développer les liens avec l’institut du service civique, afin d’accueillir des porteurs de projet et des profils atypiques qui n’ont pas forcément un accès simple et évident à l’université.

Quels partenariats noue l’université avec le monde socio-économique ?

Fabienne Blaise : Nous formons des étudiants qui dans leur grande majorité iront travailler en entreprise. C’est une réalité que l’université doit investir. Elle oeuvre de plus en plus à la sensibilisation des étudiants à l’entreprise grâce à l’activité des « hubhouses ». Par ailleurs, pour que ses salariés puissent s’y réaliser, pour que sa place dans la société soit comprise et mieux perçue, une entreprise a tout intérêt à se pencher sur les femmes et les hommes qu’elle emploie et les territoires dans lesquels elle s’insère.

Je pense qu’une université de sciences humaines et sociales comme la nôtre, avec des formations en sociologie, sciences de l’éducation, psychologie, entre autres, peut contribuer à cette responsabilité sociale des entreprises. Elle aide aussi à l’insertion de jeunes qui ont des valeurs et des capacités d’analyse précieuses sur ces questions.

 

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